Avantages

Faire vivre ensemble des élèves d’âges différents s’apparente à reproduire un modèle familial. Selon Charles Pepinster (dans Eloy E. Un jardin d’enfance d’Education nouvelle, pp 151 – 154), regrouper des enfants de trois ans de manière homogène dans une même section, c’est accumuler les difficultés, c’est risquer de développer la dépendance à l’adulte. Cela freine l’autonomie car l’enfant s’habitue à attendre les consignes pour agir. Sa créativité se met en veilleuse, sa débrouillardise s’estompe. Et l’auteur de signaler que l’exemple de l’hétérogénéité des groupes vient de tous les peuples de la terre: il est plus facile, partout, d’élever cinq enfants dont les naissances sont espacées que des quintuplés.

Conscience des progrès accomplis

Le regard que les plus grands portent sur les plus jeunes leur permet de se souvenir d’eux-mêmes. Ce que nous qualifions de “posture réflexive de recul” alimente en effet la compréhension de son évolution personnelle.

Autonomie

La prise d’initiative est générée par “l’absence” de l’enseignant plus proche d’un autre groupe, mais aussi par l’apprentissage vicariant cher à Bandura (1986): les apprentissages par expérience directe surviennent en fait le plus souvent sur une base vicariante, c’est-à-dire en observant le comportement des autres et les conséquences qui en résultent pour eux. Cette dynamique d’apprentissage vicariant s’intègre bien dans le concept de cycle où les apprenants sont confrontés en permanence à ce que d’autres font, en particulier les plus petits qui veulent copier les plus grands.

Esprit de collaboration

 L’âge cesse d’être un facteur discriminant et la compétition cède sa place à davantage d’interactions. L’aide sollicitée par les situations d’apprentissage en groupes est stimulante et génère de la coopération. Les capacités socio-affectives que sont la communication et la considération sont ici majeures. Le développement de l’empathie est également sollicité: les interactions encouragent en effet les capacités à ressentir les émotions des autres. Enfin, la capacité à influencer et fédérer un groupe peut également trouver ses racines dans les différents projets menés en classe qui seront exposés ou communiqués aux autres.

Gestion de l’erreur (de l’échec) 

La situation est plus sereine et perçue comme difficulté passagère.

Toute activité d’apprentissage riche –et donc complexe- devrait entraîner les participants dans une alternance d’essais et d’erreurs devant conduire à l’appropriation des concepts. En ce sens, l’erreur fait partie de la démarche scientifique et donne l’occasion d’évoluer. Dans le cycle, le projet d’apprendre est alimenté par un grand éventail de ressources (référentiels, aides personnalisées, relances, organisation des groupes, monitorats, …). Cet environnement encourageant, compréhensif, amplifié par l’ingrédient ”confiance” permet de reconnaître chaque apprenant comme une personne qui a de la valeur, et qui grandit.

Différenciation pédagogique

Les classes en cycles, parce qu’elles sont explicitement hétérogènes, incitent les enseignants à prévoir de la différenciation pédagogique. Cette organisation va donc permettre de travailler structurellement à la gestion de l’hétérogénéité.

En outre, l’organisation en cycles permet la mise en place de didactiques centrées sur:

  • L’audace
  • La prise d’initiatives
  • L’amélioration de ses propres connaissances avec les autres
  • La communication entre enfants, entre enfants-adultes, entre adultes
  • La réflexion sur des activités récurrentes et structurantes
  • Le partage des infos
Marge temporelle

Le temps passé ensemble (deux ans ensemble dans le cycle) a un effet stabilisant. Il permet à l’enfant de bien comprendre la dynamique du cycle et son organisation en lui laissant le temps de s’y installer. S’alterneront alors plusieurs rôles témoignant de l’investissement de chacun: l’expert, qui sait déjà, jusqu’à ce qu’il soit confronté à un questionnement interpellant ou à un problème non résolu. Le compagnon en quête de conforter un savoir déjà là et le novice justifiant ce qualificatif par l’échange qu’il déclenche auprès des deux précédents interlocuteurs en les amenants à expliciter ou à approfondir leurs savoirs

(Ecole des Bourseaux p. 187).

En outre, la durée du cycle provoque un certain apaisement: la possiblité de revenir ultérieurement sur l’un ou l’autre concept  pour le revoir en profondeur est en effet très sécurisante tant pour l’élève que pour l’enseignant.

Enfin, plus de temps pour mieux connaître les enfants permet à l’enseignant de mieux cerner l’histoire de chacun, de comprendre ses relations en dehors de l’école, de connaître ses goûts, ses motivations, ses rapports au savoir, ses modes d’appropriation, ses acquisitions antérieures, sa culture, ses blocages,… et donc laisse à celui-ci l’occasion de se doter d’outils pour mieux les faire évoluer.

Respect des rythmes – Redoublement

Le redoublement est souvent justifié pour réguler les écarts de niveaux scolaires. Dans la plupart des cas, force est de constater que la remise à niveau n’est pas suffisante. Les difficultés persistent, l’élève qui redouble perd confiance en lui, son image de soi se dégrade. Les différentes recherches montrent que si le redoublement n’est pas associé à une pédagogie différenciée, celui-ci n’est pas une réponse à l’hétérogénéité. Le cadre de l’école en cycles et des pédagogies qui y sont proposées permet de combattre plus efficacement l’échec scolaire.

Selon D. Mouraux, pendant le cycle, on va donner la possibilité aux élèves non pas de sauter chaque mois de juin sur la prochaine marche, mais bien d’emprunter une rampe, un plan incliné qui leur permettra d’avancer proressivement vers les objectifs fixés. Il n’y a pas d’humiliant retour en arrière: à l’intérieur du cycle, le redoublement perd sa justification.

Esprit d’équipe et affiliation

Vivre ensemble, partager des bons moments, faire des sorties culturelles, faire part de ses craintes, construire des oeuvres communes, avoir des rapports amicaux et positifs, participer à des fêtes, éprouver du plaisir à être avec les autres, ancrer des souvenirs dans son histoire… autant de situations favorisant le sentiment d’appartenance.

Il en est de même pour l’équipe enseignante. Le cheminement professionnel commun favorise l’émergence de l’identité de l’école. D’autre part, un avantage non négligeable est celui de la responsabilité partagée permettant de réguler des situations plus ou moins complexes en équipe.

Développement social

La classe multi-âges favorise la socialisation qui recouvre de multiples composantes. La communication y est largement sollicitée, entre enfants et avec les adultes. Elle implique de quitter les seules injonctions ou ordres pour entrer dans une logique d’inter-culturalité.

La nécessité de structures et organisations identifiables canalisera les relations sociales entre enfants.  Le besoin de considération peut être assouvi ici dans des dynamiques où les enfants se reconnaissent comme “experts”.  Ajoutons encore que la réduction des conflits sera un indicateur précieux permettant d’envisager une réelle évolution.